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Partage d'Evangile

Soyez toujours dans la joie

11 Décembre 2011 , Rédigé par sr Thérèse-Marie Publié dans #La Parole - source d'espérance

méditation pour le troisième dimanche d'Avent (année B) 

Is 61,1-2a.10-11 ; cant Luc 1,47-55 ; 1 Th 5, 16-24 ; Jean 1, 6-8.19-28  

 

Soyez toujours dans la joie !

 

Qui de nous oserait formuler une telle invitation sans craindre de se faire prendre pour un illuminé, un doux rêveur ou un écervelé inconscient de la réalité de la vie ! Et pourtant c’est bien ce que saint Paul nous dit ce matin, et non seulement il le dit, mais il ajoute que c’est là l’invitation, l’attente de Dieu lui-même : Soyez toujours dans la joie...c’est ce que Dieu attend de vous dans le Christ Jésus.

Oui, aujourd’hui, c’est le dimanche de la joie, je devrais dire un des deux dimanches de l’année liturgique où l’invitation à la joie se fait plus pressante. Sa position dans l’année liturgique peut surprendre. Ne vaudrait-il pas mieux glisser ces textes dans la foulée de Noël ou de Pâques ? Or les deux dimanches de la joie sont situés au cœur de temps plus austères : il s’agit d’aujourd’hui, le troisième dimanche de l’Avent; et le second, c'est, vous le savez, le dimanche de laetare, quatrième dimanche de carême.

Bien sûr on a fait du dimanche de laetare, à la mi-carême, un dimanche où on arrêtait les austérités du Carême, où on célébrait le fait que, ouf, la moitié du carême était déjà passée... comme on pourrait célébrer aujourd’hui, la moitié de l’Avent.

Mais peut-on décemment aujourd’hui inviter à la joie ? Quelle est cette joie à la laquelle nous sommes invités ? La joie chrétienne n’est pas la joie du carnaval, elle n’est pas une joie effervescente, fruit d’une naïveté invraisemblable; elle n’est surtout pas déni de la dure réalité du quotidien ; elle est le chant de la foi, même si c’est de nuit ! Elle est le chant de la communion. Réjouissez-vous parce que le Seigneur est proche[1] ; réjouissez-vous parce qu’il est présent à vos épreuves et à vos souffrances. Réjouissez-vous, car il pose son regard sur vous. Réjouissez-vous car Dieu est avec vous : entendez-le vous dire à chacun, au plus profond de votre cœur : tu n’es pas seul ! je partage ta souffrance, les larmes qui ruissellent sur tes joues ravinent les miennes, je suis avec toi à chaque instant, je communie à tout ce qui fait ta vie : ton bonheur et ta peine.

 

La joie chrétienne est don de l’Esprit. Et cet Esprit est Esprit du Père et du Fils, il est le lien de l’amour, il est communion. Nous le voyons à l’œuvre dans ce passage du livre d’Isaïe qui a été proclamé : Le prophète tressaille de joie, parce que le Seigneur, en un geste de noce, l’a revêtu des vêtements du salut (notre robe baptismale). La joie de Dieu, joie qui est sienne et qu’il nous partage, c’est la joie de l’amour : Dieu aime, au point de faire de nous ses enfants, au point de nous sauver ! Et cela rien, aucune épreuve, aucune mort, aucune souffrance ne peut nous l’enlever. Dieu s’est épris d’amour pour chacun et chacune de nous. Rien ne pourra nous séparer de l’amour de Dieu.

Et pour nous le dire, pour nous le faire réaliser, il n’a cessé d’envoyer ses serviteurs les prophètes, ses porte-parole, jusqu’au jour où il a envoyé son Fils. C’est lui par excellence sur qui repose l’Esprit, c’est lui qui est envoyé porter la Bonne Nouvelle aux pauvres, guérir ceux qui ont le cœur brisé, annoncer aux prisonniers la délivrance et, l’hébreu qui parle en image, poursuit : annoncer l’hirondelle aux captifs ! façon de leur annoncer la liberté. Et nous sommes invités à partager sa mission.

Voilà la joie chrétienne, une joie de communion, une joie d’amour qui vient tout partager. Vivre avec lui, tout ce qu’il nous faut vivre.

Voilà l’appel de ce jour.

C’est la joie du Baptiste. Il ne se glorifie pas de sa mission, il ne se glorifie pas de son œuvre, il est heureux de voir le salut de Dieu venir à lui, et sur le monde. Il n’a de cesse de tourner les regards vers Jésus. Il reconnaît en lui le Dieu qui vient épouser notre humanité, et il en est comblé de joie.

 

C’est bien là ce que Bernanos faisait dire au curé de Torcy, dans le Journal d’un curé de campagne : Tiens, je vais te définir un peuple chrétien par son contraire. Le contraire d’un peuple chrétien, c’est un peuple triste, un peuple de vieux. Tu me diras que la définition n’est pas trop théologique. D’accord. Mais elle a de quoi faire réfléchir les messieurs qui bâillent à la messe du dimanche. (c’est Bernanos qui le dit !!!) Bien sûr qu’ils baillent ! Tu ne voudrais pas qu’en une malheureuse demi-heure par semaine, l’Église puisse leur apprendre la joie ! ... et il continue : d’où vient que le temps de notre petite enfance nous apparaît si doux, si rayonnant ? Un gosse a des peines comme tout le monde, et il est, en somme, si désarmé contre la douleur, la maladie ! ... c’est du sentiment de sa propre impuissance que l’enfant tire humblement le principe même de sa joie. Il s’en rapporte à sa mère, comprends-tu ? Présent, passé, avenir, toute sa vie, la vie entière tient dans un regard, et ce regard est un sourire. [2]

 

En participant à cette eucharistie, nous sommes invités à vivre cet échange de regard avec notre Dieu et Père, cet échange de sourire ; quelle que soit la difficulté du chemin, notre Dieu vient communier à notre vie et nous invite à communier à la sienne ! Devenons ensemble ce que nous recevons : le corps du Christ, pour la joie de Dieu, pour la nôtre, et celle de notre terre. Alors nous serons ensemble peuple chrétien.



[1] Ph 4, 4-5 cité comme antienne d’ouverture

[2] Georges BERNANOS, Journal d’un curé de campagne. Ed Livre de Poche, 1936, p 23 sv.

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raymond Bosquet 11/12/2011 14:32

Jour de joie!
Aujourd'hui, à écouter le commentaire de Sr Th.M., j'ai éprouvé une forme de bonheur très dense, qui m'a "pris aux entrailles", bonheur de celui qui est "livré dans les épousailles".
Je vis cette période de l'avent avec un regard neuf plein d'espérance et de joie.

"Je partage ton bonheur et ta peine"
J'ai entendu ce qui m'a été si clairement révélé dans les larmes et le sourire. A travers l'expérience des larmes et du sourire, "vivre est apparu", comme dit St-Jean dans sa première épître.
Ce n'est pas qu'une expérience, c'est une réalité très vivante que ce Dieu des larmes, tellement proche de nous, qu'Il vient même essuyer les larmes de ceux qui pleurent!
C'est un geste, une attention de la part de Dieu qui dit toute sa compassion et son Amour pour celui dont les larmes crient sa détresse et sa douleur.
Quand on pleure, on ne pleure pas en public et quand on va consoler celui qui se cache pour pleurer, on se cache avec lui. J'ai vécu cette détresse...le plus souvent seul au bord d'un bois. J'ai
hurlé ma colère, j'ai pleuré pour me soulager de ce qui faisait si mal.
Alors, oui, je le dis, bienheureux celui que Dieu est venu consoler en secret.
Que faisons-nous en présence d'un amour blessé qui se protège dans sa pudeur?
Nous nous approchons avec notre propre amour afin de consoler, mais aussi avec notre propre pudeur qui respecte la pudeur de l'autre et s'ajoute à la sienne pour ménager la blessure.
Jésus aussi a pleuré et sans doute pas seulement à la mort de son ami Lazare. C'est un amour qui pleure un amour blessé, blessé par la mort d'un ami.
Les larmes de Jésus sont pour moi, une magnifique consolation, parce qu'elles révèlent l'intensité de son amour, mais aussi, l'intensité de sa souffrance devant la mort. La mort est terrible et
inflige à l'amour de Jésus et au nôtre, une profonde blessure. Jésus pleure...des larmes coulent et l'amour les laisse couler, tout simplement, en silence. Ce sont des larmes d'un amour blessé et
non d'un amour vaincu par la mort.

Voilà pourquoi je rends hommage à mes larmes.
Elles ont été un véritable trésor de vulnérabilité qui m'a saisi. Je les accueille, sans doute difficilement, mais avec un regard bienveillant à cause du chemin de croissance qu'elles m'ont fait
faire.
Voilà ce que j'ai écrit, et que je trouve important de dire, c'est ce que je porte en secret dans le langage des larmes, secrètes révélations d'un goutte à goutte qui s'exprime de façon claire et
limpide.
Au delà de la douleur, mes larmes se sont révélées comme un emparfumement de douceur pour moi-même, une présence de tendresse et de bienveillance pour moi-même.
Dès que je les laisse s'exprimer elles n'arrêtent plus de me parler. C'est un jaillissement du dedans vers le dehors, parce qu'elles n'existent que dans le fond de mon coeur, naissent et coulent
avec empressement pour me caresser le visage et me crier leur divine douceur.
Mes larmes me sont apparues lumineuses, fragile comme l'embryon, parce qu'elles me parlent sans faire de bruit, avec délicatesse, pour envelopper mes fragilités et les déposer le long de mes
joues.
Cette présence éphémère suffit pour alléger mon être du poids trop lourd que j'ai sur le coeur.
Je dis larmes de sang pour toutes ces douleurs déchirantes, larmes d'espérance pour ce qu'elles m'ont déjà parlé, larmes de pluie qui lavent et désaltèrent comme une source. Ce sont toutes des
larmes vivantes, siège visible de l'invisible, porteuse d'une Présence, senteur du matin ou du soir... mais toujours de l'inattendu!
Chaque goutte se noie insidieusement, dans un océan d'incompréhension parfois, de vie souvent.
Merci mes chères larmes pour votre présence qui me dit qui vous êtes et qui je suis...et puisque tu te fais connaître et te donnes à moi du fond de mon être, Seigneur, ouvre les vannes dans le fond
de mon être et que j'accueille avec confiance ta venue dans le silence de mes larmes.
Raymond