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Partage d'Evangile

Croire

11 Mars 2012 , Rédigé par sr Marie-Raphaël Publié dans #La Parole - source d'espérance

Méditation pour le 3ème dimanche du Carême B 

 

« Quel signe peux-tu nous donner pour justifier ce que tu fais là ? »

Cette question revient souvent dans les évangiles. Les prêtres, les Pharisiens, demandent à Jésus de donner des signes pour justifier ses gestes, ses paroles. Mais quels signes voudraient-ils voir ? Souvent, on a l’impression que le signe « crève les yeux » et qu’ils regardent juste à côté. « Les Juifs réclament les signes du Messie », écrit saint Paul.

 

Dans l’évangile de Jean, Jésus ne fait pas de miracles, mais des signes. Ce mot indique que l’important n’est pas le côté merveilleux, miraculeux, extra-ordinaire des gestes qu’il pose (pourtant, ce n’est pas rien de changer l’eau en vin, de multiplier les pains, de rendre la vue à un aveugle, la vie à un mort). Mais ce mot indique que l’important est de chercher derrière la matérialité des signes ce qu’ils « signifient », précisément. Jésus opère des signes, et, ce faisant, Jésus « fait signe » de quelque chose. Par le miracle de Cana, il signifie qu’il est l’époux de la nouvelle Alliance. En multipliant les pains, il veut faire comprendre qu’il est le vrai pain venu du ciel. En guérissant l’aveugle-né, il dit « je suis la lumière », avant de ressusciter Lazare, il dit « Je suis la vie ». Et chaque fois, le signe et la parole qui l’accompagne invitent les témoins de la scène à croire en lui.

 

Revenons à nos moutons... ou plutôt à nos brebis, nos bœufs et nos colombes. La fête de la Pâque approchait et chacun devait monter à Jérusalem pour offrir un sacrifice à Dieu. Cela représentait beaucoup de monde à la fois, beaucoup de sacrifices d’animaux. Il existait le long du Cédron ou sur le Mont des Oliviers un marché d’animaux pour les sacrifices, organisé par le Sanhédrin. Mais Caïphe, pour leur faire concurrence, aurait ouvert un marché sur le parvis du Temple lui-même. Jésus s’insurge contre cette profanation. Sa réaction peut faire penser à celle de certains prophètes : il pose un geste fort, il provoque, pour susciter une réaction, une interrogation, et donner ensuite une parole d’interprétation (dans l’AT, on voit des prophètes comme Elie, Isaïe, Jérémie ou Ezéchiel agir ainsi). Mais Jésus va plus loin. Son geste est plus que le geste d’un prophète. On dirait qu’il est personnellement blessé, personnellement humilié et souillé par ce qui se passe là dans le Temple, par le trafic de bêtes et le roulement de la monnaie. C’est ce qui transparaît d’ailleurs dans ce qu’il dit : il ne dit pas : « ne faites pas de la maison de Dieu une maison de trafic », mais il dit : « ne faites pas de la maison de mon Père une maison de trafic ». En disant cela, en appelant Dieu « son Père », il révèle quelque chose de sa relation particulière à Dieu et on comprend qu’il se sente personnellement touché par ce qui se passe là. À La profanation du Temple par les grands prêtres « trafiquants », il répond par une parole qui peut sembler « blasphématoire ». Il sait peut-être déjà qu’il le paiera de sa vie. L’évangéliste met sa parole en lien avec cette parole du psaume qui dit : « l’amour de ta maison fera mon tourment ». Oui, l’amour de Jésus pour son Père, « l’amour jaloux » (le « zèle ») de Jésus pour la maison de son Père, pour les prérogatives de Dieu, fait son tourment, ne le laisse pas tranquille, le mènera peut-être à sa perte...

 

C’est alors que les Juifs l’interpellent : « quel signe peux-tu nous montrer pour justifier ce que tu fais là ? ». « Les Juifs réclament les signes du Messie », écrira saint Paul. « Et les Grecs recherchent une sagesse. Nous sommes tous un peu Juifs et un peu Grecs sur les bords. Pour croire en Dieu, nous voulons voir des signes de sa puissance, de sa grandeur, peut-être même de sa capacité à se mettre en colère (entendons bien : en colère contre les forces du mal, pas contre nous). Et nous voulons bien croire en Dieu s’il nous propose une sagesse de vie qui nous épanouit, nous donne un équilibre de vie, une paix intérieure, une harmonie avec les autres. Mais Paul nous prévient : la sagesse que Dieu propose est folie aux yeux du monde. La puissance que Dieu propose est choquante de faiblesse, complètement déroutante. La colère de Dieu, Jésus nous la donne à voir aujourd’hui dans cet amour jaloux qui le brûle et l’expose à la cruelle vengeance de ceux qu’il ose remettre en question. « Nous proclamons un Messie crucifié, scandale pour les Juifs, folie pour les Grecs... » Sommes-nous prêts à accueillir ce Messie-là ? cette folie ? ce scandale ?

 

« Quel signe peux-tu nous montrer pour justifier ce que tu fais là ? » Jésus leur répond : « détruisez ce Temple et en trois jours je le relèverai ». Parole qu’ils ne comprennent pas, évidemment. Comment Jésus pourrait-il relever en trois jours un temple qu’il a fallu 46 ans pour construire ? Ils ne parlent pas du même temple. Le vrai temple, le sanctuaire de la présence de Dieu parmi les hommes, c’est l’homme Jésus. La parole que Jésus dit ici ne peut se comprendre qu’à posteriori, après les trois jours de la Passion, après la résurrection. Le « signe » que Jésus donne aujourd’hui est celui de sa propre Pâque. Pour le comprendre, il faudra que les disciples fassent le lien, après coup, entre les écritures et l’expérience pascale.

 

Et nous ? En ce 3ème dimanche de carême, dans notre montée vers Pâques, nous sommes invités, nous aussi, à croire en Jésus. Mais pas n’importe comment. L’évangile dit : « beaucoup crurent en lui à la vue des signes qu’il accomplissait », mais lui, Jésus, n’avait pas confiance en eux. Littéralement : « lui, Jésus, ne croyait pas en eux » : c’est le même verbe, dans les deux sens. Comme si la foi demandait réciprocité. Je crois en Dieu et Dieu croit en moi. Je lui fais confiance et il me fait confiance. Dieu peut-il me faire confiance ? Quel signe vais-je lui montrer pour qu’il croie en moi ? Un signe de sagesse et de puissance ou un signe de faiblesse et de folie ? Jésus connaît ce qu’il y a dans l’homme, dit l’évangéliste. Il n’a pas besoin de nos signes extérieurs : il nous demande une foi-confiance qui va jusqu’à la folie. Commençons donc par lui faire confiance, en mettant nos pas dans les siens sur le chemin qui nous conduit à Pâques.

 

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