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Partage d'Evangile

Merci sr Scholastique

7 Mai 2015 , Rédigé par sr Thérèse-Marie

Merci sr Scholastique

en complément à l'hommage rendu à notre soeur lors de la veillée et déjà publié sur ce blog. Voici l'hommage rendu durant l'eucharistie des funérailles.

Bonjour à vous tous et toutes,

Merci d’être ici maintenant pour célébrer la Pâque de notre sœur Scholastique. Merci de l’avoir accompagnée si bien au long de ces longues années. Nous devons un merci tout particulier à son médecin, aux infirmières et aide-soignantes de l’aide et soins à domicile, à l’équipe des soins palliatifs et à Marie-Odette, pour l’accompagnement merveilleux qu’elles lui ont prodigué pour l’aider en sa fin de vie.

Bien sûr ce moment est empli d’émotion, bien sûr c’est dur de voir partir un trésor, surtout avec toute la connivence vécue au long des ans et plus particulièrement ces derniers temps, qui nous ont révélés encore davantage la beauté de notre sœur. Mais le Seigneur ne nous invite-t-il pas à placer nos trésors au ciel ?… Et si la tristesse nous monte, souvenons-nous aussi que sr Scholastique n’aimait pas qu’on soit trop sérieux. Quand pour une fête on préparait des choses sérieuses, elle disait : c’est bien, mais on ne rit pas assez…

Sr Scholastique était originaire de Dison. Ils étaient 8 enfants. Deux sont morts en bas âge, un à 20 ans. Une fille de la charité de Gand et une carmélite. Une mariée sans enfant, et la dernière est restée célibataire. Sr Scholastique était la dernière en vie de cette fameuse fratrie. Ils se seront précipités pour l’accueillir en la Patrie, ce premier mai.

Sr Scholastique est entrée au monastère en 1942, en pleine guerre. Elle a du lutter pour tenir bon, dans une situation de misère, de pauvreté extrême. Elle en a conservé jusqu’au bout un souci de l’économie, du non gaspillage. Elle veillait à ne rien s’approprier. Celle qui devra vider sa chambre aura vite accompli la tâche.

Notre sœur avait un sens du devoir plus qu’aiguisé, un souci du travail efficace et bien fait. Il faut travailler nous a-t-elle répété à l’envi au long des ans. Elle a arrêté tout travail à l’âge de 98 ans,… non de gaieté de cœur. Seulement, parce que selon ses propres dires elle était kapout ! et si elle le disait on pouvait la croire, elle n’a jamais resquillé. Elle n’a jamais épargné sa peine.

Elle a œuvré à l’aviculture, à la couture, à la comptabilité, aux hosties. Partout elle y a mis toute son énergie. Parfois allant au-delà de ses forces. Elle a été pilier de notre ASBL, et a fraternisé avec ces « messieurs », qui nous ont tant aidées. Merci François d’être parmi nous ce matin.

Elle avait un fort esprit de communauté. Elle voulait qu’Hurtebise vive, elle s’est donnée pour. Elle se disait fragile, faible… mais elle était surtout portée par la grâce du Seigneur. Et elle avait la conviction que seules les sœurs fragiles pouvaient tenir à Hurtebise. Un jour, avant une réunion d’évaluation des sœurs en formation, elle est venue m’interroger. Dis, cette jeune sœur elle est très bien… mais est-ce qu’elle est fragile ? Je la regardais un peu interloquée, car je sentais toute l’angoisse de sa question. Alors elle a poursuivi : car tu sais ici, pour tenir, il faut être fragile. Toutes les solides, les fortes sont parties. Hurtebise, c’est une communauté pour les petits, qui ont besoin du Seigneur.

Elle a marqué par sa fidélité à la prière. Prière personnelle, prière communautaire, chapelet… simple regard posé sur une croix. Jusqu’au bout sr Scholastique a levé son regard vers le st Sacrement, s’est unie à la prière que nous faisions près d’elle.

Retracer une vie de 100 ans… ce n’est pas possible en quelques minutes, mais ne dit-on pas que l’on meurt comme on a vécu. Avec elle je dirais plus encore : elle n’a cessé de croître vers sa mort. Elle n’a cessé de grandir humainement et spirituellement, alors que son corps partait peu à peu en ruine.

La manière dont notre sœur a parcouru les derniers mètres d’une si longue route, nous l’a révélée.

De sa mort elle a fait un acte d’offrande dans la reconnaissance, la paix, la joie.

Elle a été sur son lit, comme une fleur qui s’épanouit, et porte un dernier fruit.

Elle a parsemé nos journées de reconnaissance pour le moindre service, la moindre attention,

Elle a émaillé nos rencontres de sourire, de connivence, de partage. Si elle prenait une application d’ange pour déballer un petit œuf en chocolat, les yeux pétillants de bonheur… c’était non pour le déguster ensuite, mais pour discrètement nous le donner.

Elle a partagé la prière et le rire.

Elle a voulu autant qu’elle le pouvait veiller sur nous. Je me souviens de cette nuit où j’étais de garde près d’elle. Elle a souri en m’accueillant, en me regardant installer le lit. Tu viens dormir ici ? – Oui ! – ah c’est bien. Dors bien ! Et je l’ai vue au fil des heures de la nuit, se redresser discrètement dans son lit, regarder par-dessus la barrière, dans ma direction. Elle veillait sur moi ! A 5h30 du matin quand sr Godelieve est arrivée pour me relayer, elle l’a accueillie en disant : mais sr Godelieve c’est trop tôt, va encore dormir un peu. Et tandis que je rangeais le lit, elle m’a dit avec douceur : oh, dors encore un peu, regarde, moi, je dors encore ! Elle avait clairement inversé les rôles !

Elle a consacré ses dernières journées à dire au-revoir et merci.

Ce fut encore le dernier mot qu’elle a essayé d’articuler avant de s’envoler définitivement, dans un sourire que nous ne saurons oublier.

Ma chère sr Scholastique, accueille notre merci pour celle que tu es, pour ta vie toute donnée, qui nous permet aujourd’hui d’être ici, bénédictines, heureuses en communauté à Hurtebise. Je suis sûre qu’aujourd’hui tu veilles sur nous, ma chère sœur. Et tu ne voudrais pas manquer de travail, as-tu déjà été trouver saint Pierre au bureau d’embauche pour recevoir du travail ? j’espère qu’il a été pris au dépourvu face à ta rapide requête, et qu’il t’a dit : revenez dans une semaine. Alors, vite, je te donne une nouvelle mission : je te confie la garde de notre communauté, je te confie aussi les vocations. Pour te remplacer il en faudra quelques unes… tu es irremplaçable !

Merci ma chère sœur.

Sr Thérèse-Marie

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